Nous sommes en décembre 2024. Je suis en train de sortir d’un burnout qui a commencé officiellement en février 2024. Je ne peux pas dire que je le sentais arriver, mais il est vrai que je n’étais pas bien. Je continuais à faire bonne figure au travail et en société, mais au fond de moi, j’étais stressé, énervé, oppressé. Mais il faut tenir, il ne faut pas laisser tomber les collègues, il ne faut pas laisser tomber sa famille. Alors on tient. On peut tenir des années probablement.

Le passé

Tout au long de ma carrière, j’ai vu des gens ne pas être bien et certains sont partis en burnout. Je me demandais comment on pouvait en arriver là, comment ne pas le sentir. Je me souviens d’un collègue qui vomissait en sortant de sa voiture sur le parking du boulot, tous les matins. Comment en arriver là et continuer quand même ?

Le burn out

Et puis cela m’est arrivé. Un jour, je ne pouvais plus, ce n’est pas ma volonté ni mon envie qui ont lâchés, c’est juste mon corps. Il y avait des signes, je les ai ignorés et puis en quelques semaines, je suis devenu une ombre. J’étais de plus en plus fatigué, en quelques semaines, je ne pouvais plus réfléchir. D’abord, ce fut un mal de tête dans l’après midi, puis dans la matinée, mais avec une petite sieste entre midi et deux, je tenais. Finalement, le mal de tête a commencé au bout de quinze petites minutes le matin, avec une forte nausée et là, c’était un aller simple pour le lit pendant environ deux heures. Je continuais à avancer, comme un automate, en me disant que cela finirait par aller mieux. Mais au fond de moi, je savais que quelque chose n’allait pas. Ce n’était plus une fatigue normale : c’était un épuisement qui m’étouffait. Cela me changeait, mais dans un mauvais sens. C’est à ce moment que je suis allé voir mon médecin. Comme beaucoup, je ne l’avais pas vu venir et malgré les signes, je tenais. Mon psy m’avait pourtant prévenu, 8 ou 10 mois auparavant, je n’avais pas voulu y croire. Je me dis que j’ai fanfaronné car je lui ai dit que j’avais toujours tenu et que je tiendrais encore.

L’arrêt maladie

D’abord le médecin m’a arrêté deux semaines, je crois, je ne me souviens plus en fait. J’ai passé beaucoup de temps à dormir et aussi à m’occuper de la maison, ranger, faire le ménage. Mon ordinateur était éteint, j’ai bien essayé de jouer un peu, mes jeux de prédilection sont Civilization et Call of Duty. Cependant, cela m’a fait la même chose que pour le travail : maux de tête et nausées. Alors je me suis rabattu sur la télé pour passer le temps. Ce ne fut pas un franc succès. En effet, je ne pouvais pas la regarder. Heureusement, il y a des moyens maintenant et Netflix. J’ai écouté des films que je connaissais par cœur, le téléphone posé sur la table de chevet et moi en train de sommeiller sur le lit.

J’ai pris rendez vous avec la médecine du travail. J’ai rencontré des gens compréhensifs, qui m’ont donné des conseils. Le principal conseil était d’ailleurs de ne pas se précipiter pour reprendre le travail.

Le temps a passé, j’ai commencé à me réveiller vers juin/juillet. J’étais toujours incapable de réfléchir vraiment mais au moins j’étais moins fatigué, enfin… un peu moins fatigué. J’ai recommencé à vraiment faire du footing trois ou quatre fois par semaine en y prenant du plaisir, jusque là, c’était plus une obligation. Heureusement, j’ai un chien, et il faut le promener et donc se bouger. J’ai commencé à faire des travaux dans la maison, des choses qui ne demandent pas de réfléchir. J’ai par exemple cassé une dalle au marteau piqueur, c’est étrange, mais cela m’a fait beaucoup de bien.

Lors d’une soirée chez des amis, je suis parti à cause d’un mal au crâne qui m’empêchait juste de profiter du moment.

En août, j’ai eu un contrôle avec le médecin de la CPAM. Son approche m’a semblé plus brutale et moins conciliante. Je n’avais pas l’impression que ma santé était prise en compte. Cependant, avec un signalement administratif de sa part, j’ai eu une assistante sociale de la CPAM qui m’a accompagnée et ce fut bénéfique. Grâce à elle, j’ai envisagé l’avenir et la reprise. J’ai débuté sous ses conseils un bilan de compétence.

En septembre, l’apnée du sommeil est vérifiée aussi, la fatigue chronique pouvant venir de là. La conclusion pour moi du médecin du sommeil était, je cite :

Il n’y a pas vraiment d’apnée du sommeil, mais vous avez un tracé de l’électro-encéphalogramme typique de quelqu’un en burnout.

Malgré les recommandations de mon médecin de la CPAM pour une reprise rapide, mon médecin traitant, mon psy et même le médecin du sommeil m’ont déconseillé de me précipiter. Ils m’ont rappelé qu’une récupération complète nécessite du temps et de la patience.

La reprise

J’ai repris le travail fin octobre 2024, en temps partiel. Mon psy et mon médecin ne me sentaient pas prêt. Moi, je me sentais prêt, reposé. Je ne l’étais pas tant que cela. Heureusement, j’étais à 50%. Je travaillais le matin et honnêtement, je me couchais juste après et je sommeillais pendant deux ou trois heures. Nous sommes le 31 décembre 2024 et c’est toujours le cas.

Mes amis m’ont avoué à cette période qu’ils m’avaient trouver comme éteint depuis des mois. J’étais en effet là physiquement uniquement.

Je continue mon bilan de compétence qui est sur la fin maintenant. C’est très intéressant, cela pose un contexte. Il me fait réfléchir à mon passé professionnel, aux choix que j’ai fait et me place maintenant face à de nouveaux choix. Dois-je envisager un changement de métier ou poursuivre dans ma voie actuelle avec des ajustements ?

2025 va être une année charnière.

Conclusion

Le burnout tombe sur nous sans prévenir. Je le vois maintenant arriver sur des collègues, sur des amis. Il y a presque 30 ans, mon grand père m’avait prévenu. Il trouvait que ma génération se laissait faire. Je pense qu’il avait raison. Nous faisons des efforts dans le travail mais pour quelle résultat ?

Le travail n’est pas une finalité, il faut le laisser à sa place. Je me sens pour l’instant incapable de le laisser là. Lorsqu’une tâche n’est pas finie, lorsque je peine sur un problème, cela reste présent le soir chez moi, pendant le week-end. Comment peut on se détacher suffisamment pour être performant sans être trop investi ?

Il est difficile pour certain de parler de burnout, cela peut être un constat d’échec. C’est pourtant le contraire, c’est un surinvestissement de notre part. Il ne faut pas hésiter à en parler à son médecin traitant, à la médecine du travail, à un psy. C’est compliqué, cela prend du temps, des changements sont à mettre en place, c’est une étape à franchir pour repartir sur de meilleures bases. En tout cas, je l’espère.

Le burnout est une épreuve terrible, mais il peut aussi être une opportunité de se réinventer. Parlez en, prenez soin de vous, et surtout, n’attendez pas d’être au bout du rouleau pour agir.

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