
Tu connais peut-être ce moment où tu ouvres ton ordi le matin en arrivant au bureau… et que t’as juste envie de le refermer ?
Et pourtant, il y a aussi l’inverse : l’incapacité à arrêter le soir, alors qu’on regarde fixement l’écran sans rien faire.
Spoiler : tu n’es pas seul. Moi aussi, parfois — trop souvent peut-être — j’ai l’impression d’être devenu un mauvais acteur de mon propre projet.
Alors, est-ce vraiment vrai ? Y a-t-il quelque chose que l’on peut faire ?
Quand le moral flanche, et que la machine s’enraye
Parfois, je me retrouve à ne rien faire. Juste à lire — ou plutôt à survoler — des mails, des documents. Après un moment, je me dis que j’aurais mieux fait de marcher un peu, ou de jouer à un jeu.
Il y a deux sortes de moment. Le premier, une petite pause dans la journée : son bienfait est sous-estimé. Et puis, il y a l’autre moment, celui où l’on doute de soi, de son rôle, de tout.
Souvent, c’est le piège de la surcharge invisible : ce n’est pas la quantité de travail, mais son absurdité qui épuise. Vous êtes-vous déjà plaint d’un sujet qui vous passionne ?
On se sent tous nul un jour. C’est peut-être le syndrome de l’imposteur, ou juste un coup de mou.
Pourquoi les meilleurs doutent-ils ? Parce que c’est souvent un signal — mais pas une vérité.
Heureusement que l’on doute. C’est un peu la base du métier d’architecte. On se pose des questions, on teste. Rien de plus normal, en fait !
Personnellement, je travaille sur plusieurs projets en parallèle, donc plusieurs sujets. Je soutiens les équipes, je fais grandir les petits jeunes (en me rappelant parfois que j’étais sans doute plus ignorant qu’eux).
Finalement, est-ce qu’un bon architecte doit — ou peut — avoir toutes les réponses ? Peut-être qu’il pose seulement les bonnes questions. (Et parfois, il doute très bien aussi.)
« Si je doute, c’est que je suis mauvais. » — Et si, finalement, c’était l’inverse ?
Le mythe de l’efficacité multitâche
Petit rappel cruel : notre cerveau est monotâche. Bon, peut-être pas totalement (je n’oublie pas de respirer en travaillant), mais dans le travail, si, il l’est.
Quand je passe mon temps à switcher de sujet, je ne travaille pas… je redémarre sans cesse. Vous avez peut-être fait cet exercice en réunion d’agilité pour le démontrer. Il faut prendre du recul pour mesurer l’impact et sentir qu’on s’éparpille.
Un manager dirait : « Tu dois prioriser, déléguer, organiser. » Oui. Mais avec quelles ressources ? Ce n’est pas si simple, surtout quand on est seul. Et le client est-il prêt à entendre cela ?
Le syndrome du « je dois être fort »
En entreprise, on a appris à ne pas montrer quand ça va mal. La peur de ne pas être à la hauteur, d’être jugé par sa hiérarchie.
Dans nos métiers, surtout avec l’expérience, les responsabilités techniques, ou un rôle de référent, on intériorise vite une règle toxique :
« Je dois être fort. Je dois être fiable. Je n’ai pas le droit de flancher. »
C’est sournois, parce que ça s’installe avec le temps. Et ce n’est presque jamais dit tout haut.
Mais tu le sens : quand tu ne dis pas que tu es fatigué. Quand tu assistes à une réunion inutile « parce que ça ne se fait pas ». Quand tu passes une heure à débloquer un collègue alors que tu es toi-même au bord du craquage.
Cette croyance est puissante, parce qu’elle est valorisée partout :
– « Il/elle tient bien la pression. » – « On peut toujours compter sur lui. » – « C’est un rock. »
J’ai souvent entendu en CRH : « Il en a sous la pédale, il en redemande. »
Mais la vérité ? Même les meilleurs craquent. Et ceux qui tiennent trop longtemps sans rien dire explosent souvent d’un coup.
Et si on arrêtait de croire que la solidité, c’est l’absence de faille ?
Tu fais partie d’un écosystème (et tu n’es pas censé le porter à bout de bras)
Tu n’es pas seul. Mais personne ne le dira à ta place.
Si personne ne dit rien, rien ne changera. Être transparent sur son état d’énergie, c’est aussi une forme de leadership. Même quand on a l’impression d’être juste un rouage.
Tu n’as pas à tout porter. Tu n’as pas à tout gérer. Tu n’es pas une variable d’ajustement magique qui compense tous les trous du dispositif.
Et si, à un moment, plus rien ne rentre, ce n’est peut-être pas toi qui flanches. Peut-être que c’est le système qui ne tient pas. Et ça, il faut oser le dire.
En tant que salarié, en tant que pro de l’IT, tu as le droit d’alerter. Ce n’est pas une faiblesse. C’est une preuve de lucidité.
Que tu travailles sur un ou plusieurs projets (ce qui arrive trop souvent), ce n’est pas à toi d’arbitrer. Tu n’as pas à hiérarchiser à la place de ton client. Ce n’est pas ton rôle. C’est à eux de faire leurs choix — même s’ils ne veulent pas.
Et si le problème venait de l’équipe (et pas de toi) ?
On parle souvent du mal-être individuel. Mais dans les projets IT, ce n’est pas toujours toi qui vas mal.
Parfois, c’est juste… l’équipe qui tourne à vide.
Il n’y a pas de vision. Chaque sprint contredit le précédent. La communication est molle. L’ambiance devient client/fournisseur. Et toi, tu absorbes, tu compenses.
Comment on le voit ?
- Quand les blagues sur Teams disparaissent.
- Quand tout le monde coupe sa caméra.
- Quand les réunions sont calmes… mais sans le moindre sourire.
Et pourtant, le collectif peut aussi être un levier pour retrouver de l’énergie.
Un simple “hey, ça va toi ?” peut suffire à faire basculer une journée.
Tu ne peux pas changer l’organisation ? D’accord.
Mais peut-être que tu peux recréer du lien.
Une mini-bulle d’équipe autour de toi. Deux ou trois collègues. Pas plus.
Le projet ne sera peut-être pas sauvé. Mais ton moral, si.
Petites actions : 7 leviers pour tenir et reprendre pied
Alors… doit-on tenir à tout prix ? Ou peut-on choisir une autre voie ? Chacun peut trouver sa solution pour retrouver un peu de respiration. En voici quelques une :
1. Reformuler ce que tu fais (et pourquoi)
Réécris ton rôle. Littéralement.
« Je suis là pour aider à faire accoucher les bonnes décisions. »
Ça t’oblige à recadrer ton utilité. Et, parfois, à te dire qu’il faut aussi… savoir dire non, tu ne prends pas tous les rôles.
2. Visualiser ta charge autrement
Utilise un tableau Trello ou papier, peu importe, avec trois colonnes :
Ce que je dois, Ce que je peux, Ce que je veux.
Rien que ça, ça désencombre. Personellement, avant, le revoyait chaque semaine avec ma CDP et ça me faisait du bien.
3. Faire des micro-avancées visibles
Chaque jour, choisis une seule chose qui, une fois faite, te donnera la sensation d’avoir avancé.
Même si c’est un mail.
C’est ton ancre du jour.
Et souvent, une petite action qui traîne depuis trois jours… prend finalement dix minutes.
4. Poser une vraie limite temporelle
Ce n’est pas une “bonne résolution”. C’est une règle. « À 18h00, je coupe. Peu importe où j’en suis. ». Sinon, tu passes ta soirée “presque en train de bosser”.
On peut aussi limiter les réunions à 2h/jour. Le reste du temps, on produis.
On peut bloquer une plage sans interruption tous les jours (Je pose des réunions fictives et je m’isole)
Les équipes peuvent m’interrompre entre 10h et 12h. Le reste du temps, je me concentre.
5. Dire “non, pas maintenant”, sans culpabiliser
Quand tout est urgent, rien ne l’est.
Donc oui, parfois, il faut procrastiner — stratégiquement: “On en reparle demain à 10h, là je dois finir ce point.”. Et souvent… le sujet disparaît. Tout seul.
6. Faire un mini-debrief hebdo avec toi-même
J’étais fan de développement personnel. Jusqu’au burn-out. Je donne cela…
Chaque vendredi midi, 15 minutes pour répondre à 3 questions :
- Qu’est-ce qui m’a vidé ?
- Qu’est-ce qui m’a rechargé ?
- Qu’est-ce que je ferai différemment la semaine prochaine ?
Oui, c’est faire un petite rétrospéctive, juste pour toi.
7. Te rappeler que tu fais partie d’un écosystème
Tu n’as pas à tout porter. Si personne ne peut t’aider, ce n’est peut-être pas toi le problème.
C’est peut-être le système qui déconne. Et ça, il faut oser le dire. Tu as le droit d’écrire à ton manager :
“Là, je suis saturé. On peut arbitrer ?”
Ce n’est pas râler. C’est prendre ses responsabilités.
Quand on est sur plusieurs projets, on n’arbitre pas seul : on met le client face à ses choix.
Et si ?
Et si on arrêtait de croire que douter, c’est échouer ?
Que ralentir, c’est reculer ?
Je ne dis pas qu’il faut abandonner.
Je dis juste qu’il faut parfois changer de posture, pas de métier.
Alors, si tu te reconnais là-dedans…
Respire. Relis ton dernier succès. Et pose-toi cette question :
Et si c’était justement parce que tu tiens à bien faire… que tu ressens tout ça ?
Et si c’était le système qui ne va pas — et que tu es juste celui qui a ouvert les yeux ?
Pour aller un peu plus loin…
Why Everyone Feels Like They’re Faking It – Harvard Business Review
L’ennui au travail, ce tabou qui épuise – Welcome to the Jungle
How to Get Unstuck at Work – Atlassian Work Life


