
Soyons honnêtes : qui n’a jamais ouvert un diagramme ArchiMate avec un petit soupir, suivi d’un léger « mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? ». Des rectangles beiges, des traits fins comme du papier à cigarette, des flèches qui s’entrecroisent façon plate de spaghetti… Bref, l’esthétique d’un manuel de procédures des années 80.
Archimate, c’est l’étagère Billy d’IKEA, cela fait le boulot, mais ce n’est pas ce qui rendra ta maison cosy.
Dans mon service, nous sommes en train de passer à cette norme. Oui, il n’est jamais trop tard. A mon âge, j’ai vu passer des méthodes, des outils, ils viennent et s’en vont. La normalisation, c’est bien. Très bien même. Mais pourquoi rester sur une esthétique datée ? Pourquoi privilégier une représentation plutôt que la compréhension ?
Pourquoi ça pique autant les yeux ?
ArchiMate, c’est censé être le langage universel des architectes. Un peu comme l’espéranto, mais avec plus de cases et moins de poésie.
En théorie, tu devrais pouvoir montrer ton diagramme à n’importe quel collègue en Allemagne, en Espagne ou au Japon, et hop, magie : tout le monde comprend.
En pratique ? Même entre architectes francophones, il faut souvent relire la légende trois fois pour se rappeler si ce rectangle correspond à un « composant applicatif » ou à un « service applicatif ».
Résultat : les diagrammes deviennent illisibles. Trop d’objets, pas assez de respiration, une esthétique qui ne donne aucune envie de s’y plonger. Et ça, pour moi, c’est rédhibitoire : ce qui est joli donne envie d’être lu. Ce qui est moche finit dans le dossier SharePoint que personne n’ouvrira plus jamais.
Un schéma n’est pas une œuvre d’art, mais si son aspect décourage la lecture, il échoue à son rôle premier : faire comprendre.
Mais alors, pourquoi on l’utilise quand même ?
Parce que cela fait sérieux ? Parce que cela fait intelligent ? Et du coup, tout le monde hoche la tête.
- La standardisation : avoir un langage commun, c’est pratique quand tu bosses dans des grosses organisations internationales. Même si personne n’aime les symboles, au moins, tout le monde est perdu pareil.
- La traçabilité : tu peux relier tes processus métiers aux applis, puis aux technos, et montrer l’impact d’un changement.
- La documentation : indispensable si tu veux qu’un projet survive après ton départ (ou après trois générations d’architectes).
- Le politique : un diagramme ArchiMate dans un PowerPoint, ça impressionne toujours le COMEX. Ça ne clarifie rien, mais ça pose une ambiance.
Bref, ArchiMate n’est pas un outil de communication. C’est un outil de preuve. Tu ne fais pas un joli dessin, tu montres que tu as pensé à tout (même si personne ne lit sauf les validateurs).
Et Enterprise Architect dans tout ça ?
Ah, Enterprise Architect (EA)… Rien que le nom, ça respire la solennité. En vrai, c’est surtout l’Excel des architectes :
- Points positifs : base centralisée, gestion des dépendances, modèles vivants, génération de doc automatique. (Qui utilise la génération de doc ?)
- Points négatifs : interface sortie tout droit de Windows 95, ergonomie punitive, et la tentation de passer plus de temps à dessiner qu’à réfléchir.
Tu l’ouvres pour documenter un patrimoine applicatif. Tu finis par te battre avec des connecteurs qui refusent de s’aligner. EA est utile pour conserver la mémoire, mais si tu veux communiquer… mieux vaut une capture dans PowerPoint (ironie du sort).
Alors, utile ou pas ?
Bref, ArchiMate est un standard, EA un outil, et leur vraie valeur est dans la rigueur qu’ils imposent. ArchiMate et EA, c’est comme le code source d’un projet : ce n’est pas fait pour être « beau », c’est fait pour être fiable et cohérent. Mais attention : un schéma moche reste un schéma que personne ne lit. À quoi sert un outil de représentation si personne ne peut le lire ? Un diagramme clair et agréable à lire peut vraiment déclencher une conversation et non pas des heures d’explications
En architecture, on oublie souvent ce détail fondamental : la forme compte autant que le fond. Pas pour faire joli, mais pour donner envie de lire, comprendre, et discuter. Un bon diagramme, c’est comme un bon plat : il nourrit et il ouvre l’appétit. Oui, on sait très bien qu’entre deux applis, il y a une interface, donc pourquoi compliquer ?
Être entendu, c’est bien, être compris, c’est mieux. Et si on veut être compris, il est temps de remettre un peu de beauté et de simplicité dans nos rectangles beige. Parce que là, j’ai souvent l’impression que l’on me parle en Klingon et que les schémas sont en 10 dimensions.


