Ou comment quitter un projet sans qu’il ne s’effondre en ton absence

Partir en congés devrait être un soulagement après des semaines passées dans des comités techniques, des meetings interminables et des décisions questionnables. Mais pour un architecte, c’est des fois une épreuve : préparer le terrain, espérer que tout tienne et surtout, ne pas craquer et ouvrir Teams depuis la plage. Bizarrement, il semble que ce soit en fait la même chose pour énormément de postes, je vois que c’est exactement cela pour ma femme qui est commerciale dans le cadeau d’affaire. La question est pourquoi ? Pourquoi ne peut-on pas déconnecter, pourquoi avons-nous une peur que notre absence ait un impact sur les activités de l’entreprise ?

Voyons ensemble ce parcours du combattant avec ses moments absurdes et ses leçons (plus ou moins retenues).


1. Avant le départ – L’illusion du passage de relais

Les absents ont toujours tort.

Premiere loi des projets

Bien que je déteste l’expression « Passer le relais », il faut néanmoins anticiper son départ, quel que soit le poste, à moins que toutes l’équipe soit en congés, mais dans ce cas, il faut allumer un cierge pour que la prod ne tombe pas.

Les techniques (souvent inutiles) de passation

  • Le guide ultime de 200 pages : Tu rédiges un doc ultra détaillé, en essayant d’anticiper toutes les questions…
    Sauf que personne ne le lira…
    À ton retour, le développeur te dira : « Ah bon, y’avait une doc ? »
  • Le meeting de transition : Une réunion prévue pour 30 min qui dure 3 heures. Tout le monde fait semblant d’écouter, hoche la tête et conclut par un « T’inquiète, on gère. »
    Traduction : ils poseront la même question dans le chat trois jours après ton départ.
  • Le binôme désigné : Souvent un junior recruté la veille, qui découvre en direct la complexité du projet. Et ce n’est pas une blague, je l’ai vécu sur un projet international.
  • Le mail d’adieu : Tu expliques où tout se trouve, qui contacter, et comment survivre à ton absence. Réponse : « OK, amuse-toi bien ! »
    Traduction : L’existence de ce mail est déjà oubliée.

2. Le jour du départ – Quand tout bascule

On n’a qu’un objectif : couper son PC à 17h00 et partir l’esprit léger. Sauf que, tout ne se passe pas comme prévu:

  • 10h30 – Un mail urgent : « PROJET CRITIQUE – IMPORTANT. » Tu paniques, tu l’ouvres. C’est une demande d’accès SharePoint.
  • 11h45 – Un meeting surprise s’ajoute à ton agenda, intitulé « Petit point avant ton départ ». Mauvais signe.
  • 14h00 – Valise en main, prêt à fuir, tu croises un développeur paniqué :
    • « Tu pars déjà ? J’ai juste une question rapide… »
    • « C’est quoi ? »
    • « Alors voilà, si on refactorisait toute le code en hexagonal pendant ton absence et en ajoutant de l’IA multiplexé en technologie quantique et supervisée par Deep Thought… »
  • 16h00 – Après trois « derniers calls », une ultime vérification des mails et un Gchat de ton boss avec « Dispo 2 min ? », tu commences enfin les tâches que tu avais à faire dans la journée.
  • 23h00 – Tu actives ton répondeur automatique et boucles tes derniers mails. Tu te sens presque libre. Tu es libre… en théorie.

3. Pendant les vacances – La tentation de tout vérifier

Le travail c’est la santé ; ne rien faire, c’est la conserver.

— Henri salvador —

Les premiers jours, tes pensées sont encore sur le projet. Mais tu luttes. Enfin, tu essayes… « Juste un coup d’œil rapide sur Teams… ». Ton téléphone sonne. Numéro inconnu. Sueurs froides. « Et si c’était le projet ? » Tu hésites. C’est juste un spam sur une assurance habitation. Jour 10 – Tu arrives (presque) à lâcher prise… jusqu’au moment où un collègue commente un vieux post LinkedIn à toi. Tu sais qu’il est en ligne. Tu résistes.

  • Jour 5 – Un mail avec « URGENT » en majuscules. Tu résistes à l’envie de répondre. Tu attends. Le lendemain, un message : « Finalement, c’est bon, on a trouvé la solution. » Preuve que le monde tourne sans toi.
  • Jour 7 – Ton téléphone sonne. Numéro inconnu. Sueurs froides. « Et si c’était le projet ? » Tu hésites. C’est juste un spam sur une assurance habitation.
  • Jour 10 – Tu arrives (presque) à lâcher prise… jusqu’au moment où un collègue commente un vieux post LinkedIn à toi. Tu sais qu’il est en ligne. Tu résistes.

4. Le retour – L’état des lieux post-apocalyptique

On redoute le retour de vacances. Que va-t-on trouver ?

Un mail avec « URGENT » en majuscules. Tu résistes à l’envie de répondre. Tu attends. Le lendemain, un message : « Finalement, c’est bon, on a trouvé la solution. » Preuve que le monde tourne sans toi.

  • Un mail avec « URGENT » en majuscules. et tu découvre que, le lendemain, il y a une réponse à ce message : « Finalement, c’est bon, on a trouvé la solution. » Preuve que le monde tourne sans toi.
  • « On a avancé en ton absence ! »Traduction : une architecture revue en comité de crise, des fichiers renommés n’importe comment, et un ticket Jira « Réarchitecturer l’ensemble » ajouté discrètement.
  • « Bonne nouvelle, on a mis en prod ! »Traduction : ils ont lancé le projet sans vérifier les tests, et une alerte critique t’attend dans ta boîte mail.
  • « Finalement, on a repoussé le projet. »Traduction : tout ce stress pour rien, le projet est reporté à six mois.

5. Conclusion – Apprendre à lâcher prise (ou au moins essayer)

La grande leçon ? Le monde continue de tourner sans toi. Même si ce n’est pas exactement dans la direction que tu aurais voulu.

Quelques conseils pour mieux partir :
Documente l’essentiel, pas tout – inutile d’écrire une Bible.
Choisis un relai (potentiellement fiable) – pas juste quelqu’un qui répond « OK » à tout.
Accepte que tout ne sera pas parfaitspoiler : même si tu restes, ce ne sera pas parfait non plus.
Débranche vraimentTeams n’est pas une appli de voyage, inutile de l’ouvrir en vacances. Idem pour le mails et le téléphone du travail reste éteint. Il y a une loi aussi pour te protéger. Et rester la tête dans le travail, c’est mauvais pour la santé

Après tout, le vrai test d’un bon élément, ce n’est pas ce qu’il fait quand il est là, mais ce qui se passe quand il n’est pas là.


Et vous ? Quelle est votre plus grande peur avant de partir en vacances ? Une anecdote absurde sur un retour chaotique ? Partagez vos histoires en commentaires ! 😃

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